Guide

Bâtir en bois en Provence

Cinq contraintes que la plupart des guides de charpente passent sous silence, parce qu'ils sont écrits pour tout le pays. Et les essences qui s'en sortent le mieux.

Le mistral

Météo-France le définit comme un vent froid et sec, de 50 km/h en moyenne, qui peut atteindre 100 km/h en rafales. Dans son bulletin climatique des Bouches-du-Rhône d'octobre 2021, l'organisme comptait dix jours de rafales au-dessus de 60 km/h à Orange pour une normale de sept. Lors d'un épisode de mars 2014, Avignon et Istres ont relevé 112 km/h.

Pour un toit, cela se traduit en trois endroits. L'ancrage : sablières, pannes et fermes doivent être liées aux murs par des fixations dimensionnées à l'arrachement, pas seulement posées. Les rives et le faîtage : c'est par là que le vent soulève un toit, et les tuiles de rive et de faîtage ne se posent pas à sec. Les pergolas et les brise-soleil : une surface à lames se comporte comme une voile.

Les rideaux de cyprès qu'on voit autour des mas ne sont pas décoratifs. Ce sont des brise-vent, plantés au nord et à l'ouest. Si vous avez un mas, réfléchissez avant d'en abattre un pour dégager la vue.

Ce que nous n'avons pas trouvé

Pas de carte publique simple qui donne la vitesse de calcul commune par commune. La norme de calcul au vent (Eurocode 1) range chaque commune dans une zone ; le bureau d'études ou le charpentier la connaît. Demandez-lui laquelle il a retenue, c'est une question que peu de clients posent.

Le soleil et la sécheresse

Un bois massif séché sur place continue à perdre de l'eau : il se retire, tourne, se fend. Une fente de retrait sur le grand côté d'une poutre est normale et sans conséquence pour la structure. Celle qui traverse un assemblage ou s'étend jusque dans une zone d'appui mérite en revanche le regard du charpentier. Le lamellé-collé, séché avant d'être collé, bouge beaucoup moins : c'est une partie de son prix.

Les ultraviolets grisent le bois laissé brut. Une lasure ou un saturateur sur une charpente apparente se renouvelle tous les cinq à dix ans (Quelle Énergie), comptez 15 à 40 € le litre. Le gris argenté d'un mélèze non traité n'est pas un défaut, c'est une patine : à condition de l'avoir choisie.

Sous la tuile canal, un comble qui ne respire pas chauffe. Un écran de sous-toiture ventilé et une lame d'air entre la couverture et l'isolant ne se voient pas, et se paient en confort l'été.

Les termites

La règle tient en un mot : l'arrêté préfectoral. Dans les Bouches-du-Rhône, le département est déclaré totalement termité par l'arrêté du 19 juillet 2001, complété par un modificatif du 10 août 2001. Dans le Var, un arrêté du 10 décembre 2018 délimite les zones contaminées, avec une carte par commune ; la préfecture parle d'un département « très touché ».

Dans une zone classée, une construction neuve doit être protégée : bois de structure naturellement résistant ou traité, et barrière entre le bâtiment et le sol. La présence de termites se déclare en mairie, et un état relatif aux termites est joint au dossier de diagnostics en cas de vente.

Pour le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence, nous n'avons pas pu lire l'arrêté en vigueur sur le site des préfectures. La cartographie nationale du Cerema, mise à jour à chaque nouvel arrêté, répond commune par commune.

Notre avis

Dans les Bouches-du-Rhône, la question n'est pas de savoir si l'on est en zone, mais ce que le devis prévoit pour la protection. Si la ligne n'existe pas, c'est qu'on ne l'a pas chiffrée, pas qu'elle est inutile.

Le feu et le débroussaillement

Le bois brûle, mais pas comme on l'imagine. Dans un résineux, le front de carbonisation avance d'environ 0,65 mm par minute (Eurocode 5, partie 1-2) : une poutre de forte section garde longtemps un cœur intact, ce qu'une poutre métallique nue ne fait pas. Un incendie de forêt est une autre affaire. Ce qui sauve une maison, c'est ce qu'on a coupé autour.

Le Code forestier (article L134-6) impose de débroussailler sur 50 mètres autour des constructions situées à moins de 200 mètres d'un bois ou d'une forêt. Le maire peut porter la distance à 100 mètres. Dans une zone urbaine d'un PLU, l'obligation couvre la totalité du terrain. La voie d'accès est concernée sur une largeur que fixe le préfet, dans la limite de 10 mètres de chaque côté.

  • Bouches-du-Rhône : plus de 250 000 constructions individuelles concernées selon le Département, qui publie une plaquette sur les obligations légales de débroussaillement.
  • Var : arrêté préfectoral du 30 mars 2015, règlement permanent, avec des distances de 50 ou 100 mètres selon les voies.
  • Vaucluse : 50 mètres pour les terrains à moins de 200 mètres des bois, d'après la préfecture. Un arrêté de 2007 précise ce qu'on entend par houppier et arbuste.

Les travaux sont à la charge du propriétaire. Après mise en demeure, la commune peut les faire d'office à ses frais, et l'amende peut atteindre 30 € par mètre carré non débroussaillé. Ne stockez pas non plus le bois de chauffage contre une façade : c'est de l'amorce.

Les séismes

Le 11 juin 1909, un séisme autour de Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône, fait 46 victimes, 250 blessés et 1 500 constructions effondrées selon le ministère de la Transition écologique. Sa magnitude a été estimée à 6,2 à l'époque, et réévaluée autour de 6,0 par une étude de 2003. Il reste le plus meurtrier du XXe siècle en France métropolitaine.

Depuis le 1er mai 2011, la France compte cinq zones de sismicité, de 1 (très faible) à 5 (forte). Dans les Bouches-du-Rhône, seule Saintes-Maries-de-la-Mer est en zone 1 : toutes les autres communes sont concernées par les règles parasismiques. Dans le Vaucluse, la plupart des communes sont en zone 3, et une trentaine, dans le sud du département autour de Pertuis et de Lourmarin, en zone 4.

Le bois est léger, et la force d'un séisme est proportionnelle à la masse : c'est un avantage structurel réel. Il n'est acquis que si la charpente est solidement liée aux murs et les murs aux fondations. Ce qui casse, dans un séisme, c'est presque toujours une liaison, pas une poutre. Selon la zone, les règles parasismiques s'appliquent aux maisons neuves et à certaines extensions : la mairie ou la direction départementale des territoires vous dit lesquelles.

Les essences

Un bois local n'est pas toujours le meilleur. Il se discute, comme n'importe quel autre.

Durabilité naturelle : résistance du bois non traité aux champignons et aux insectes. Un aubier n'est jamais durable.
EssenceD'où elle vientDurabilitéUsage courant
ChêneProvence (chêne pubescent)Bonne en cœur de boisCharpente apparente, poutres. Cher, se retire fortement.
Cèdre de l'AtlasLuberon, planté vers 1860Imputrescible d'après le Parc, utilisable en extérieur sans traitement chimiqueMenuiserie, bardage, charpente. Filière identifiée autour de Goult.
ChâtaignierVar, MauresBonnePoteaux, bardage, pergolas. Tache les supports clairs.
MélèzeAlpes du SudBonne en cœurBardage, terrasse, charpente. Grise sans lasure.
DouglasSurtout hors de ProvenceMoyenne, aubier fragileCharpente courante, terrasse. Prix intermédiaire.
Sapin, épicéaAlpes, Nord de la FranceFaibleCharpente sous toit, à l'abri et traitée. Moins cher.

Le cèdre du Luberon est l'exemple parlant. Des forestiers du Second Empire l'ont planté vers 1860 en pensant que ce serait un bois précieux de charpente et de menuiserie. La cédraie du Petit Luberon couvre aujourd'hui environ 300 hectares sur Bonnieux, Lacoste et Ménerbes, et un parc à bois, à Pied Rousset (Goult), a été créé pour mieux le valoriser. Demandez-le à votre charpentier, et demandez aussi sa classe de résistance mécanique : un bois du pays doit se justifier comme les autres.

Une dernière chose : la classe d'emploi. Un bois sous toiture ventilée, un bois exposé à la pluie sans contact avec le sol, un bois dans la terre : ce sont trois situations, trois niveaux de traitement ou de durabilité. Un poteau de pergola enterré dans la terre est la plus mauvaise des trois. Demandez au devis la classe d'emploi visée.

Questions fréquentes

Ma commune est-elle en zone à termites ?

Dans les Bouches-du-Rhône, oui, le département entier. Dans le Var, une carte des communes contaminées accompagne l'arrêté du 10 décembre 2018. Ailleurs, consultez la carte nationale du Cerema ou la mairie.

Qui paie le débroussaillement ?

Le propriétaire des biens à protéger. Si les travaux ne sont pas faits après mise en demeure, la commune peut les réaliser d'office aux frais du propriétaire.

Le bois résiste-t-il vraiment au feu ?

Il brûle, mais en surface : le front de carbonisation avance lentement, et le cœur d'une poutre épaisse reste porteur plus longtemps qu'une poutre métallique nue. Face à un incendie de forêt, ce sont le débroussaillement et la couverture qui comptent.

Faut-il un bois traité en Provence ?

Ça dépend de la classe d'emploi et de la zone. Sous une toiture ventilée et hors zone à termites, un résineux de charpente peut ne pas l'être. En zone classée termites, ou en extérieur exposé, la protection est une exigence, pas une option.

Votre projet est clair ? Écrivez-le une fois.

Décrivez l'ouvrage, la commune, la surface et le délai : le texte est prêt à envoyer à n'importe quel charpentier, y compris celui que vous aurez trouvé ailleurs. Plus la demande est précise, plus le devis l'est aussi.